hommage Desproges amour

Un texte que j’ai écrit en 2009, hommage à Pierre Desproges

photographie de Desproges libre de droit
tirée de commons.wikimedia.org

Bonjour !

Pour ma première publication, je voulais partager avec vous un texte que j’ai écrit en 2009. Cette année là, j’étais encore étudiante en Sciences du Langage, à la fac de Lettres de Grenoble. Je vous livre ce travail du cours de rhétorique pour deux raisons.

Comme vous le comprendrez vite, j’aime beaucoup Desproges, et ce, depuis que je suis ado.
La seconde raison, c’est que je suis assez contente de ce texte, et comme je suis rarement contente de moi, je saute sur l’occasion (pas trop fort tout de même pour ne pas lui faire de mal.)

 Hommage à Pierre DESPROGES

Mes chers amis vous le savez nous sommes ici rassemblés pour célébrer la mémoire d’un homme que nous aimions et qui nous a brutalement quitté. Cet homme qui par mille et une manières nous aura démontré avec brio comment tuer le temps en attendant la mort, notre cher cintrophobe, Pierre pour les proches, Pierre Desproges pour son public, a donc été « fauché par le croche-pied rigolard de la mort imbécile. »

Comme il le disait dans un de ses spectacles à propos de son cher Brassens, «  Le jour de la mort de Brassens, j’ai pleuré comme un môme, alors que le jour de la mort de Tino Rossi j’ai repris deux fois des moules ! » Voilà donc un jour où nous ne reprendrons pas de moules et où il est évident que nous pleurerons sa perte inestimable et cruelle.

Pour commencer un discours que j’aurais aimé ne pas avoir à prononcer, j’aimerais revenir brièvement sur la vie et l’œuvre de Pierre Desproges tout d’abord, avant de nous rappeler les nombreuses raisons qui ont fait qu’il était aimé, ou moins aimé par ceux qui n’ont pas eu la chance de saisir toutes les subtilités et tous les mécanismes de son humour unique.

Avant tout je tiens à vous dire à quel point il est difficile pour moi d’écrire et d’évoquer un tel personnage d’autant plus que je suis triste, le mot est faible. Pour être tout à fait honnête, voilà une mort qui me touche en plein cœur et que je n’arrive pas encore à admettre.

Pierre Desproges aura, entre autres sujets, souvent abordé un cancer qui a fini par l’emporter trop tôt. Oui, aimait-il rappeler, « plus cancéreux que moi, tumeur ». Mais à part les métastases les plus célèbres et les plus ironisées de France, qui était Pierre Desproges ? Je vous propose donc un petit retour sur sa vie et son œuvre, ensemble replongeons nous dans les délices impertinentes de ses plus célèbres écrits et émissions de radio ou de télévision.

Parce qu’il fallait bien un début, le petit Pierre naît en 1939 à Pantin. … De 1975 à 1977, il est grand reporter au Petit Rapporteur de Jacques Martin. Les deux années suivantes on l’écoute avec plaisir sur France Inter avec Jean Louis Foulquier, c’est la période « Saltimbanques ». Le succès commence véritablement pour lui en 1980 avec le génialissime et novateur « Tribunal des Flagrants Délires » où il déborde de talent dans des réquisitoires explosifs. J’ai d’ailleurs du mal à croire que cette émission n’a durée que deux saisons tant elle est encore gravée dans nos mémoires et je pense que certains épisodes sont déjà voués à peupler les anthologies et autres Best Of. En 1981, Pierre Desproges a la bonne idée d’écrire un livre. Ce sera le « Manuel du savoir vivre à l’usage des rustres et des malpolis ». Autre étape importante et hilarante dans une célébrité qui n’est plus à prouver, les cent épisodes de « La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède », épisodes devant lesquels la France rit de bon cœur au moins quelques secondes par jour. En 1982, Pierre Desproges a de nouveau la bonne idée d’écrire un livre, c’est le fameux « Vivons heureux en attendant la Mort. » Puis en 1985, viendront les toujours aussi bons et indispensables « Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis » et son roman « Des femmes qui tombent. » Puis, en 1986, on le retrouve tous les jours sur France Inter pour les tordantes et mordantes « Chroniques de la haine ordinaire ».

Arrive cette année 1988… en 1988 notre regretté Pierre nous quitte sans même avoir eu le temps de nous présenter son dernier One Man Show. Pierre si tu nous écoutes, sache que nous t’aimons assez pour te pardonner.

Ça oui nous l’aimons notre Pierre Desproges. D’ailleurs ce discours, plus qu’une oraison funèbre – Dieu que je n’aime pas ce terme ! – est avant tout une véritable déclaration d’amour suite à une belle histoire d’humour. Pierre Desproges est pour moi, pour nous sans doute, une référence irremplaçable, un maître absolu dans son style, unique et immédiatement identifiable. Il va nous manquer et j’ai déjà du mal à imaginer l’avenir de l’humour en France à présent qu’il n’est plus là. Il était en effet notre artiste détergent, garant de l’hygiène de l’humour français, dépoussiérant et frottant surtout là où ça fait mal.

Reprenons les mots de Monsieur Desproges alors qu’il faisait le bilan d’un de ses spectacles : « Alors en gros d’abord, on peut dire que ce spectacle est un cri de haine où perce néanmoins une certaine tendresse. » Voilà qui résume pratiquement l’intégralité de son œuvre : du cri de haine à la tendresse, de l’humour potache à l’humour noir, de la simple constatation à l’ironie la plus cruelle, Pierre Desproges naviguait et nous le suivions de bon cœur. Il savait mieux que personne aborder les thèmes les plus divers – actualité, prétendues célébrités, vie quotidienne, Lui, Dieu, les frites ou la Mort – et en faire quelque chose de terriblement et indéniablement drôle. Mais il était aussi et surtout un funambule des mots à la diction extraordinaire et au lâcher de grenades verbales parfois assassines, souvent jubilatoires. J’ai toujours été étonnée en l’écoutant, par sa capacité à garder son sérieux alors qu’il balançait une bombe atomique orale, si drôle que je ris en y repensant ; Pierre nous la débitait avec un ton égal, il n’avait pas besoin de nous signaler par un changement de voix que ce qu’il allait dire était encore plus précieux que le reste de son texte. Les traits d’esprits poétiques ou flèches assassines se mêlaient au corps du texte si habilement qu’un instant d’inattention de notre part pouvait en laissait filer quelques un !

Que dire de l’humour Desprogien ? On pourrait le qualifier un peu trop rapidement d’humour noir. Mais ce serait restrictif, Desproges ayant un talent fou pour faire surgir de sa plume inspirée les mille et une façons de faire rire, jaune ou franchement. De plus, Desproges avait un sens de l’auto dérision assez rare. Il savait très bien nous faire rire de lui-même. Et à vrai dire, plus il se moquait de lui-même et plus on l’aimait. Je ne donnerai qu’un exemple, lorsqu’il nous dit : «  Et que vis-je en ce miroir ? Ça ! Cette figure ? Cette tronche. Cette sale gueule. Cette trogne mafflue au regard somnolant de chien de bistrot. », ne le trouve t-on pas au contraire d’autant plus attachant et fragile dans un mal-être dont on hésite à dire qu’il est feint ? Donc Pierre Desproges savait rire de tout et de tout le monde : rire de la violence, rire du racisme, rire de la guerre, rire du cancer ah ah ah, ou rire de la famine : ses textes allaient au-delà des maux. Il arrivait à nous faire réfléchir, parfois même à nous faire culpabiliser… tout en souriant. Etonnant non ?

A ceux qui lui reprochaient des textes trop riches en jeux de mots qui s’enchaînent trop rapidement les rendant indigestes, et bien ceux là sauront que l’humour du grand artiste Desproges se mérite. De plus, les cascades de piques acérées, magiquement insolentes ou terriblement iconoclastes ne sont certes pas bonnes à entendre pour les oreilles trop sérieuses ou bigotissimes. Pierre Desproges aimait secouer son public, autant qu’il aimait lui rappeler qu’il l’aimait bien malgré tout, son « public chéri, (s)on amour. »

Il faut en effet admettre que l’humour de Pierre Desproges ne convient pas à tous car comme il le disait si bien, « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde. » Ainsi, on a pu entre autre lui reprocher d’être méchant, blessant ou impertinent. Or, l’humour noir, il me semble, sert à exprimer le désespoir ou l’angoisse et à tourner en dérision les sujets les plus graves, cela n’a donc rien à voir avec de la méchanceté !

Empruntant juste une fois encore une de ces délectables formules Desprogiennes dont je suis plus que friande, j’ajouterai qu’ « il vaut mieux rire d’Auschwitz avec un juif que jouer au scrabble avec Klaus Barbie ». Les textes de Desproges doivent ainsi la plupart du temps être interprétés au second degrés, sinon, oui, notre Pierre était un homme très très méchant, très très aigris, très très cruel, très très sadique, très très hypocrite, très très raciste, très très antisémite et allez soyons fou, très très très anticancer !

Non. Non, Desproges n’était pas méchant et n’avait pas un coeur de pierre, mais au lieu de faire semblant d’aimer les gens – vous conviendrez que cela s’appelle de l’hypocrisie- il faisait semblant de ne pas les aimer, caché derrière l’apparence d’un cynisme qui lui était propre, cela s’appelle de la pudeur et c’est tout à son honneur.

Qu’il est difficile de résumer l’œuvre de toute une vie en quelques phrases !

Qu’il est difficile d’écrire sur un homme dont le style est si reconnu et si excellent ! Je crois qu’inconsciemment je cherche à écrire à sa manière ce qui est vain, mais peut-être est- ce une autre manière de lui rendre hommage ?

Qu’il est difficile enfin, lorsque l’on est assaillie par une tristesse et une émotion justifiée d’arriver à trouver les mots adéquats pour tenter d’exprimer au mieux son amour et son admiration !

Alors pour finir, j’aimerais insister sur le fait que Pierre Desproges est irremplaçable, sa mort injuste et prématurée est une douleur immense pour nous tous. Je tiens à adresser toute ma sympathie et mon soutien à sa famille et à ses proches.

Tu nous manques déjà cruellement.

Notre Pierre qui es aux cieux, que ton nom soit immortalisé et que ton humour demeure pour les siècles des siècles.

Adieu l’ami, je connais des morts chanceux qui vont bien se marrer.

 Marie Turenne, Avril 1988

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