Miel, abeilles et controverse

Le miel, un aliment bon pour la santé, mais controversé du point de vue de l’éthique animale… avec raison ?

Éclairage sur l’aliment favori de Winnie l’ourson.

Le miel un aliment controversé
Souvenirs d’enfance…

Quelques vertus du miel :

Le miel est connu pour ses propriétés tonifiantes, antiseptiques, antifongiques et cicatrisantes. Facilement assimilable par l’organisme, il aide d’ailleurs à une bonne digestion. Il peut aussi aider à combattre l’insomnie grâce à ses propriétés calmantes.
C’est l’allié des chanteurs, des profs et des bavards puisqu’il soulage les maux de gorge.
Les vertus du miel sont variables en fonction des plantes butinées.
Un article intéressant : Là où les antibiotiques échouent, le miel fait des miracles.

Un vrai cadeau de la nature en somme.

De belles propriétés mais à quel prix ?

Tout beau en pot dans les étals des magasins le miel a du être récolté.

La récolte

Concernant cette récolte, j’ai pu lire de nombreuses idées reçues.
 »Les abeilles sont gazées, enfumées ou éloignées de la ruches avec des produits répulsifs toxiques. »

Non, pas de gazage.
Pour l’enfumage en revanche c’est exact. Il faut en effet occuper les abeilles, faire diversion en somme.
Pourquoi enfumer ? Il s’agit en fait de faire croire aux abeilles qu’un incendie approche. Les abeilles pensent donc à faire des réserves de miel plutôt qu’à aller piquer l’apiculteur. Cela créer un stress pour les insectes. Même si on les appelle abeilles domestiques, les abeilles restent des animaux sauvages et leur instinct face à la menace du feu reste fort.
La fumée utilisée n’est toutefois pas chaude car elle risquerait ainsi de changer la saveur du miel et stresserait beaucoup trop les abeilles, voire pourrait en tuer, ce qui n’est bien évidement pas le but. De même s’il peut malheureusement arriver que quelques insectes soient blessés ou pire lors des manipulations, cela reste un accident et non un objectif.
Je le précise car j’ai pu lire des propos très violents dans l’argumentaire des anti-miel.

Concernant les répulsifs, ils ne sont pas toxiques car tout produit utilisé pourrait se retrouver dans le miel. Si le répulsif était toxique, cela le rendrait impropre à la consommation. Par définition, il est désagréable pour les abeilles, mais ne les tue pas, ce qui, de toute façon, n’avantagerait pas l’apiculteur.

L’apiculteur peut également utiliser de l’huile essentielle de girofle, un répulsif naturel efficace lors de l’ouverture de la ruche. Mais il ne peut en mettre à l’intérieur de la ruche, pour ne pas trop déranger les abeilles ou changer les propriétés du miel.
Les réserves de miel
Idée reçue concernant les réserves de miel :  »Le miel prélevé est remplacé par du simple sirop de glucose, pauvre en nutriments, sans vitamines ni enzymes. Cela affaibli et carence les abeilles. »
De quoi parle t-on ? Les abeilles doivent passer l’hiver et pour cela ont besoin d’une réserve de miel suffisante.
À l’apiculteur donc de ne pas trop récolter.
Les apiculteurs récoltent-ils trop ?

Les apiculteurs s’assurent a priori de laisser à leurs abeilles suffisamment de miel. Sans cela, la colonie ne passera pas l’hiver, et aucun apiculteur (qu’il soit respectueux ou non) ne trouve un intérêt dans le fait de tuer ses colonies.
Et le glucose alors ?
Des compléments de sucre peuvent être utilisés afin de compléter les réserves pour l’hiver et compenser les éventuelles carences causées par certains milieux pauvres en fleurs d’automne. (en effet toutes les fleurs n’ont pas les mêmes propriétés).
Évidement, on ne peut exclure que certains apiculteurs récoltent trop et affaiblissent leurs abeilles.
Toutefois, plus une colonie est en santé, plus elle peut produire du miel et plus elle est capable de résister aux parasites, aux prédateurs et aux aléas climatiques. Les apiculteurs le savent bien, ce qui est dans l’intérêt des abeilles est dans leur intérêt aussi.

Imaginons un apiculteur qui n’aime pas ses abeilles… (oui je sais, mais imaginons quand même.)
L’argument financier l’aidera peut-être à prendre soin de ses colonies. En effet, acheter une nouvelle colonie peut coûter  jusqu’à 200 euros (presque 300 dollars canadiens), sans la garantie que ces nouvelles colonies  fraichement acquises sauront s’adapter assez rapidement pour  produire suffisamment de miel pour une récolte l’année d’après.

Les abeilles et les ruches

Idée reçue concernant les reines :  »Les reines voient souvent leurs ailes coupées pour s’assurer qu’elles demeurent dans la ruche. »
Oui. C’est vrai, cela peut encore se pratiquer, on appelle cette opération le clippage. Il faut tout de même savoir que cela se fait heureusement peu, voici pourquoi :
– Cette pratique est strictement interdite dans le cadre de la production biologique.
– Il peut arriver que les ouvrières rejettent leur reine si elles pensent que celle-ci n’est plus apte à voler. (Disons qu’elles ne respectent plus la hiérarchie lorsque les chefs ne sont plus efficaces). Elles élèveront une nouvelle reine à partir d’œufs ou des larves disponibles pour la remplacer.
– Si la reine n’a pas rempli totalement sa spermathèque (c’est son réservoir de spermatozoïdes !) lors de son premier vol de fécondation , elle va avoir besoin d’effectuer un second vol, ce qui est bien évidement mission impossible sans aile. La reine peut donc devenir stérile, et ainsi  »inutile ».
– Enfin, bien des apiculteurs jugent cette pratique cruelle et ne la pratiquent donc pas.

Autre chose, qu’en est-il de la délocalisation des ruches ?

Une tendance en terme de rentabilité consiste à déplacer les ruches en fonction des lieux de floraison. Les ruches sont fermées puis transportées, ce qui stresse les abeilles. De plus, ils leur faut s’adapter à un nouvel environnement et refaire de nouvelles réserves de miel. Cela peut les fatiguer beaucoup. Pourquoi ? Car en principe les abeilles ne récoltent qu’une partie de la saison, mais en déplaçant les ruches on les fait travailler plus. N’ayant pas conscience de leur stock, elles peuvent emmagasiner jusqu’à épuisement de la place disponible.
Là encore, tous les apiculteurs n’utilisent pas ce procédé, il s’agit surtout des gros producteurs.

Ruches, humains et écologie

Vidéo très instructive par C’est pas sorcier :

À travers le monde, de nombreux parcs utilisent les abeilles pour favoriser la biodiversité, les abeilles étant d’excellentes pollinisatrices.

Une autre vidéo, par le journal Le Monde explique la situation des abeilles.

Le déclin des abeilles expliqué en 3 minutes par lemondefr

Les abeilles sont par ailleurs d’excellentes auxiliaires naturelles pour les jardins comme pour la nature sauvage.
Les abeilles, des insectes auxiliaires.

Donnant donnant ?

Les humains prélèvent une partie du miel des abeilles, en échange, ils essayent d’utiliser moins de pesticides, peuvent les aider à combattre certaines maladies ou certains prédateurs et leur offre le gite. Sachant que les abeilles quittent une ruche si elle ne leur convient pas.

Conclusion, manger ou ne pas manger de miel ?

À chacun d’en juger.

Pour ma part, il m’arrive d’en consommer, rarement, mais de temps en temps cela me fait plaisir.
Aussi, je veille à choisir du miel venant :
–  d’un petit producteur (pour éviter les dérives du capitalisme aveugle et pour encourager les petites exploitations respectueuses)
–  bio
(car le cahier des charges garanti de meilleurs traitements et une meilleure qualité, meilleure pour la santé)
–  local
(moins de transport, moins d’empreinte écologique)

À bientôt,

La Ma’ie

Merci à Antoine Le Blet, insecte auxiliaire pour la rédaction de cet article ! 😉

Petite précision rajoutée le 11 Août 2014 :

On me parle d’une concurrence déloyale des abeilles domestiques sur les autres espèces.
Éclairage :
En fait il existe plein d’espèces de butineurs différentes, et elles se partagent le gâteau. Surtout que le pollen et le nectar sont renouvelés par les fleurs, ce n’est pas épuisable. Le vrai problème, c’est la monoculture qui réduit dramatiquement le choix floristique et là, en effet, il peut y avoir chevauchement de certaines espèces.
C’est donc l’appauvrissement de la flore, la perte de certains milieux favorables et bien entendu la généralisation des pesticides et insecticides  qui font chuter les populations de butineurs, alors que dans un milieu plutôt riche et équilibré, les différentes espèces peuvent vivre en complémentarité.
En soi les abeilles, comme les autres butineurs sont les champions de la biodiversité.
L’avantage de l’abeille domestique est qu’elle se contente de tout type de fleurs, elle s’adapte. Ainsi en cas de problème elle sera la dernière à rester, d’où l’impression qu’elle a prit la place des autres espèces.

Publicités

11 réflexions sur “Miel, abeilles et controverse

  1. Bonjour, votre article est très intéressant mais il est possible de produire du miel tout en respectant les colonnies d’abeilles. Il suffit de conduire son rucher en sinergie avec les abeilles…. dans ce cas on ne prélève du miel mais on laisse la quantité nécessaire à la survie aisée des colonnies; on ne change pas de reine mais laisse le choix aux abeilles décider de l’essaimage; on n’utilise pas de produit chimique ni de pesticide ou fongicide;
    pour la récolte du miel on n’utilise pas d’enfumoir mais on se sert d’un chasse abeilles.
    En travaillant de cette façon, on peut se procurer du miel pour sa consommation personnelle et on respecte et protège les abeilles.

  2. Salut ! Merci pour cet article vraiment intéressant ! Je me permet quand même de rajouter mon point de vue sur le rajout que tu as fait. Étant en fac de biologie j’ai étudié pas mal d’articles sur les abeilles et quand on parle de l’impact des abeilles domestiques sur les sauvages il s’agit en fait d’une diversité génétique qui diminue. En fait il y a plusieurs  »souches  » d’abeilles sauvages en France (je ne sais pour les autres pays) avec des patrimoines génétiques différents et des caractéristiques différentes mais il y a souvent des échanges entre les colonies sauvages et domestiques ce qui appauvri les souches sauvage. D’autant plus que pour des raisons économiques (bien-sûr ) beaucoup de gros apiculteurs utilisent des reines d’origine étrangères dont le patrimoine génétique est plus  »faible  » et donc impacte les souches locales… Fin voilà si ça a pu intéresser quelqu’un ^^ maintenant pour ce qui est de continuer à manger ou pas du miel, chacun son opinion mais personnellement je ne mange que du miel de la maison ! 🙂

  3. C’est un article très intéressant, merci! Etant vegan, je refuse de consommer du miel et préfère les alternatives végétales (sirop d’agave ou d’érable notamment) mais je pense que c’est important de savoir tout ça. Ne serait-ce que pour ne pas se retrouver piégé-e si un non-vegan nous demande pourquoi on n’en consomme pas. Ça m’embêterait de donner des arguments erronés.

  4. Voilà un moment que je voulais en savoir plus sur l’impact éthique de la récolte du miel par les humains- ton article répond donc à nombreuses de mes questions, merci! Je prendrai également le temps d’aller regarder les liens dans ton article pour en savoir plus.

  5. Je connais très mal le sujet du miel et des abeilles.
    J’ai lu pas mal de fois les arguments que tu classes en idées reçues… J’ai également entendu dire que la production de miel serait une menace pour la diversité des espèces d’abeilles (au profit de l’espèce d’abeilles qui fait du miel « pour » nous, Apis mellifera je crois).
    Est-ce que tu en sais davantage ?

    1. Autours des zones de ruches, il y a surpopulation d’une sorte d’abeilles, mais c’est la même chose lorsqu’il y a une ruche dans la nature.

      Apis mellifera est en effet la principale mais il y en a d’autres.
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Abeille_%C3%A0_miel#Les_abeilles_.C3.A0_miel

      Sinon, là où il y a des abeilles domestiques, c’est que c’est la volonté d’un apiculteur, ou d’un agriculteur, de fait, moins d’insecticides sont utilisés ce qui favorise la biodiversité.

      j’espère avoir répondu à ton questionnement, bye !

Vous avez la parole !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s