Poils, féminisme, quotidien : mon témoignage

Bonjour,

Il y a quelques semaines, Marine Durand, journaliste pour l’Express styles, m’a contactée pour me proposer de témoigner pour son futur article Épilation féminine: cinq idées reçues sur les poils sous les bras.

J’avais accepté de répondre à ses questions et voici donc l’entièreté de mon témoignage, puisque bien sûr, elle n’a pas pu tout publier dans son article.
Ça c'est moi en Mai 2014 :)
Ça c’est moi en Mai 2014 🙂

M. D : « Vous êtes vous déjà rasé, ou épilé les aisselles ? Si oui, de quand date votre « prise de conscience » ? Y a-t-il eu un ras-le-bol, une sorte de déclic qui a fait que vous avez décidé d’arrêter ? »

La Ma’ie : Oui je me suis déjà rasé les aisselles, pendant de longues années. J’ai essayé une fois de les épiler, mais cela m’a fait tellement mal que j’en ai pleuré…

Je me rasais parce que je n’envisageais même pas de ne pas le faire. Surtout à l’adolescence ou la moindre remarque sur le physique fait si mal, j’étais déjà « planche à pain » et « maigrichonne », je n’allais pas en plus être poilue !

Et puis il y a 3 ans environ, j’en ai eu marre. Mes poils avaient un peu commencé à repousser lorsque, sous la douche, j’ai eu la flemme. J’ai repoussé l’échéance du rasage. Et ensuite, c’est la curiosité qui a pris le dessus, « Tiens, à quoi ressembleraient mes aisselles avec des poils ? ». Et j’ai commencé à laisser pousser… Pas vraiment de déclic particulier donc.

M. D :  « Voyez-vous cette décision comme un engagement ? Si oui, est-il féministe ? Ou est-ce avant tout une démarche très personnelle ? »

La Ma’ie : Si au départ ma démarche relevait de la curiosité, très vite c’est devenu autre chose. Au début je le faisais pour moi et je veillais à toujours porter des t-shirts à manches longues ! La réflexion est venue petit à petit. Je les aimais mes poils ! Je découvrais qu’ils poussaient un peu roux et j’aimais beaucoup ça, pourtant je les cachais. Pourquoi ? À cause de la norme du glabre ? Parce que les poils ont la réputation d’être sales ? Je réfléchissais à tout cela, au prix en argent, en temps et en douleur pour les femmes. Et pourquoi les hommes ne le font-ils pas eux ? Une démarche féministe ?

Ma démarche était donc avant tout personnelle, puis en y réfléchissant, je me suis rendue compte que c’était un pan du féminisme qui se levait là. Libérer ses poils, refuser la douleur et des ordres tacites ou non, se sentir femme même avec des poils, (la femme est par nature poilue !), oui, c’est féministe.

M. D : « Est-il compliqué au quotidien d’assumer le regard des autres lorsqu’on ne s’épile pas ? Plus particulièrement au niveau des aisselles, qui sont plus visibles bien souvent que les jambes ou le pubis ? Quel genre de réaction cela provoque-t-il dans votre entourage ? Est-elle différente en fonction des hommes et des femmes ? »

La Ma’ie : Après trois ans, j’assume parfaitement tous mes poils. Au début j’avais un peu peur, qu’allaient dire mes employeurs, mes collègues, ma famille ? Allais-je avoir des regards désapprobateurs dans la rue ? Alors j’ai pris ça comme un jeu. Parfois je faisais exprès de me recoiffer dans le tram, pour voir… Et souvent il ne se passait rien. Bien sûr on m’a déjà proposé de m’acheter un rasoir (ça c’était un gars), ou l’on a détourné la tête de manière théâtrale (surtout les femmes), mais non seulement c’était rare et en plus cela m’étais égal.

Aujourd’hui je n’y pense même plus, mes poils sont partie intégrante de moi, je ne me soucie pas plus de ce qu’en penseront les gens que de mes genoux ou mes coudes 🙂

La plupart des membres de ma famille, hommes comme femmes, n’ont fait aucun commentaire à propos de l’arrêt de mon épilation. Je crois que ma mère a été étonnée, sans doute parce qu’elle m’avait vu traquer le poil quand j’étais ado… Mon entourage a du penser que c’était une de mes bizarreries de plus et ce n’est pas allé plus loin. Aujourd’hui je pense que, comme moi, ils n’y font plus attention.

Aux vestiaires, il est arrivé que des filles me questionnent sur mes motivations, mais souvent j’ai entendu quelque chose comme « j’aimerai le faire, ce serait tellement plus simple, mais je n’ose pas ». Osez les filles, osez !

M. D : « Trouvez-vous que votre vie a changé (ou été modifiée d’une façon ou d’une autre) depuis que vous laissez vos poils en liberté ? »

La Ma’ie : Cela m’a ouvert l’esprit sur la diversité corporelle et l’importance de s’assumer comme on est. Il est vain de vouloir se battre contre des poils qui repousseront toujours, de même qu’il est vain de vouloir changer fondamentalement de silhouette par exemple. On n’a qu’un seul corps et si on ne l’aime pas, il me semble que l’on se condamne à être malheureux.

Je ne souffre plus en m’irritant la peau pour des poils que j’ai appris à aimer.

Cela change forcément un peu la vie…

M. D : « Dans votre vie intime, cela a-t-il eu des conséquences, suscité des réflexions ? »

La Ma’ie : Mon compagnon m’a connue au début de ma démarche de libération totale du poil.
Non seulement cela ne le dégoutte pas, mais en plus il m’encourage et trouve bien normal que les femmes veuillent se libérer de ce fardeau de l’épilation ou du rasage que lui-même ne s’impose pas.

Je pense que je suis chanceuse. Je voudrais que plus d’hommes soient aussi ouverts d’esprit.

Marie Turenne blog journal pousse poils pilosité femme
 Septembre 2015

… … …

Voilà, sur ce, belle journée et merci de me lire !

Prenez soin de vous, à bientôt,
La Ma’ie

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3 réflexions sur “Poils, féminisme, quotidien : mon témoignage

  1. Chouette blog ! Je vois que l’on partage pas mal de combats, et celui des poils féminins n’est pas des moindres. Je vais te suivre aussi je crois ! En plus ça me mettra la larme à l’oeil en me rappelant le Québec (où j’ai vécu juste un été, bien trop court).

      1. Je voulais dire que juste un été au Québec avait été trop court (en l’occurrence l’été où j’étais dans la Belle Province, on a eu un superbe été indien sur la fin, j’ai donc eu de la chance). J’étais vers l’est de Montréal, dans la campagne. Je ne pense pas revenir, à moins que je trouve un moyen de faire le trajet en bateau, car je ne souhaite plus prendre l’avion. Quelle chance d’être au lac St-Jean ! Un ami y a vécu aussi et m’a décrit la beauté de l’endroit.

        Merci pour le lien, je vois qu’on a des goûts musicaux similaires 😉

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