Les doux yeux verts

C’était une traque, il en était la proie.
Ses jambes le faisaient souffrir, il était déjà si essoufflé que l’oxygène manquant ralentissait le bon fonctionnement de ses muscles provoquant des douleurs telles qu’il pensa tomber de nombreuses fois. Pourtant, il tenait bon et continuait sa course folle et désespérée. Les branches griffaient cruellement son visage et il se demandait souvent combien d’arbres et d’obstacles il allait réussir à éviter. Qu’est ce qui le faisait tenir bon ?  L’adrénaline sans doute. Il aurait voulu encore et toujours plus de giclées de cette hormone, drogue et alarme à la fois.
Ses pupilles étaient si dilatées qu’il aurait eu du mal à se reconnaître dans un miroir. Outre les billes noires remplaçant ses doux yeux verts, il avait les cheveux en bataille, toute une forêt d’épines et branches cassées, pénétrant douloureusement son cuir chevelu. Les griffures sur son visage, son cou, ses bras, ses jambes étaient des coulées sanglantes, commençant à sécher en croûtes sombres.
Il fallait courir, encore, avancer, toujours. Parfois son ennemi semblait lui laisser un bref répit, mais un bruit de course derrière lui, un éclat de rire lui glaçant le sang ou le bruit de branches que l’on casse tout proche, trop proche, lui rappelait sans cesse la consigne : ne t’arrête pas.
Depuis combien de temps courrait-il ? La panique avait laissé place à la terreur. Puis la terreur avait laissé place à l’instinct de survie. Pourtant, aussi belle et puissante que puisse être cette machine, le corps humain possède ses limites. Il sentait les siennes approcher aussi dangereusement que l’adversaire.
Il avait évité de nombreuses souches, d’innombrables branches au sol, avait failli tomber mille fois, s’était toujours rattrapé, bravant toutes les lois de l’équilibre. Ce n’est pas une des nombreuses contraintes du terrain accidenté qui le fit chuter, mais une trop grosse et trop soudaine hausse de sa pression artérielle. Tout devint subitement noir malgré ses yeux grands ouverts. Il réussi néanmoins à faire quelques pas, son corps repoussant les dernières limites de la volonté, puis il s’effondra de toute sa masse avec violence. Il n’entendit pas le bruit que fit son crâne en heurtant une pierre. Il était déjà sans connaissance avant de la toucher.

Une heure, ou peut-être trois jours plus tard, il ouvrit les yeux.
Quant il réussi à chasser la brume et faire un focus relativement net, il constata qu’elle était là, ses yeux plongés dans les siens, le regardant tendrement. Elle caressait son visage avec douceur, souriait.  Elle sentait si bon, elle était si belle… Trop belle ?  Ses yeux brillaient d’un étrange éclat.
L’épouvante le gagna aussitôt que son cerveau lui rappela brutalement qui était cette splendeur qui semblait prendre soin de lui. Il voulu crier mais aucun son ne sorti de sa bouche trop sèche et endolorie.
Il aurait préféré mourir dans la forêt, sans jamais la revoir.

« J’ai gagné. » dit-elle simplement avant d’introduire avec toute la détermination de sa folie la seringue dans le bras de l’homme.
Il avait couru, il avait fuit, il avait tout tenté ! Il eut des visions de la traque, éclairs rapides et vains, son courage ! sa force ! sa détermination ! faire taire la souffrance, continuer, courir, encore et encore et encore ! Il ne pouvait pas finir ainsi, il allait se battre, toujours, s’il y avait un moyen de survivre alors il allait le trouv…

Les doux yeux verts se teintèrent pourtant du voile de la mort.

 

 

 

La Ma’ie, 25 août 2017

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